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  • TÉLÉRAMA | Des lycéens face à l’effroi de “The Enemy”

    TÉLÉRAMA | Des lycéens face à l’effroi de “The Enemy”

    A l’Institut du Monde arabe jusqu’au 4 juin, l’installation “The Enemy” propose une plongée virtuelle dans l’univers de la guerre et de ses acteurs les plus violents. Au mois de décembre, nous avions accompagné des lycéens sollicités pour expérimenter le prototype de ce documentaire immersif.

    En décembre dernier, une classe de 1ère S du Bourget (Seine-Saint-Denis) expérimentait à La Villette le prototype d’un film de réalité virtuelle époustouflant : The Enemy, présenté jusqu’au 4 juin à l’Institut du Monde arabe. Réalisée en 3D, cette nouvelle forme de reportage XXL se visionne debout, équipé d’un casque, d’oreillettes et lesté d’un lourd barda informatique dans le dos qui donne l’impression de circuler à 360° dans l’image.

    Créé par le photographe de guerre Karim Ben Khelifa, The Enemy nous met en présence de combattants irréductibles, enferrés depuis des générations dans des guerres civiles et des conflits insolubles en Palestine, en République démocratique du Congo, en Amérique centrale. Confrontés à la découverte de ces vies de guerriers sanguinaires, les lycéens franciliens ont frémi, chahuté, réfléchi… Turbulentes mais pleines de sagacité, leurs réactions prouvent que la portée pédagogique du message ne leur a pas échappé. Bilan de l’aventure, sous l’œil attentif de l’auteur du projet, Karim Ben Khelifa.

    Guerriers filmés en relief et en réalité virtuelle
    Cela ressemble à un ballet futuriste ou à une réunion de somnambules agités… Munis chacun d’un sac à dos équipé d’un boîtier informatique empli de capteurs, et lestés d’un lourd casque vidéo, Océane, Igor et Inès déambulent, s’interpellent, virevoltent. Les trois élèves d’une classe de 1ère S du Lycée du Bourget (Seine-Saint-Denis) testent The Enemy : un film immersif qui offre de se projeter à 360° dans une rencontre du troisième type… Au fil d’une déambulation d’une heure, les lycéens vont être confrontés au récit de combattants farouches, engagés dans les conflits les plus sanglants du globe.
    Ils vont côtoyer en images 3D des chefs de gangs de rues du Salvador, des guerriers qui s’affrontent en République démocratique du Congo et deux soldats impliqués dans le conflit israélo-palestinien. Filmés en relief et en réalité virtuelle à 360° par plusieurs caméras, tous apparaissent à taille réelle, sous forme d’hologrammes saisissants. D’emblée, les exclamations fusent : « C’est hyper bien fait, ça fait grave chelou ! », lance Igor, médusé, derrière son casque de réalité virtuelle. Non moins expressive, Océane, 16 ans, tournoie sur elle-même : « Eh, en plus, t’as vu, il t’regarde quand tu le regardes ! Wahou, ça fait trop peur ! »

    Cinquante minutes de journalisme immersif
    Passée l’excitation de la découverte et assagis par l’intervention de Karim Ben Khelifa, Igor, Océane et Inès évoluent avec docilité. Alors qu’ils écoutent les propos de deux guerriers, le photographe nous confie : « Je leur ai demandé de se calmer. Les capteurs détectent les mouvements intempestifs, et une voix suggère aux participants turbulents d’adopter une posture d’écoute plus appropriée. On voit qu’ils sont déjà plus réceptifs et qu’ils sont partis a priori pour 50 minutes, où ils ne vont pas faire un selfie, où ils ne vont pas aller sur Instagram, ni sur Snapchat ! Cinquante minutes de journalisme qu’ils n’auraient pas consommé autrement ! »

    Pendant dix-huit ans, Karim Ben Khelifa a sillonné les zones de conflit les plus risquées de la planète : Afghanistan, Irak, Yémen… Très exigeant quant à la réception et à l’utilité de son travail, le reporter de guerre relève : « Quand je publie mes photos dans Newsweek, dans Le Monde, ou dans Time Magazine, je veux informer, mais j’aimerais surtout que cela ait un impact. Qu’ils soient civils ou combattants, lorsque des gens acceptent mon objectif aux pires moments de leur vie, pourquoi le font-ils ? Pour que je sois un simple témoin de leurs souffrances, ou parce qu’ils espèrent que mes photos vont changer quelque chose ? Si je ne me pose pas ces questions, le contrat moral qui me lie à eux n’est pas respecté. »

    “Je vous présente l’ambiance de la guerre, mais je ne vous emmène pas à la guerre”, Karim Ben Khelifa, photographe.

    Mû par la même volonté de pouvoir influer sur les mentalités, Karim Ben Khelifa a imaginé, à travers The Enemy, de nous faire vivre de l’intérieur les pensées, les rêves et les motivations d’adversaires irréductibles qui se pourchassent depuis des générations. Le Belgo-Tunisien explique : « Je vous présente l’ambiance de la guerre, mais je ne vous emmène pas à la guerre. Vous n’êtes pas à Gaza, vous n’êtes pas au Congo, vous n’affrontez pas les atrocités qui se déroulent là-bas. Et pourtant, je vous place au milieu des acteurs de tous ces conflits. Le public qui sort de The Enemy n’a pas l’impression d’avoir vu un film. Il a bel et bien le sentiment d’avoir rencontré des personnes. »
    Au rythme des infos qui leur parviennent dans les oreillettes, Inès, Océane et Igor, captivés, font connaissance avec deux jeunes combattants qui s’affrontent au Congo, un membre de l’armée gouvernementale, et un milicien des Forces démocratiques de libération du Rwanda. La séquence suivante les projette dans le quotidien ultraviolent de la République du Salvador, où les chefs de gangs Maras se mènent une lutte sans merci. Via les témoignages de deux de ces leaders sanguinaires, tatoués de pied en cap, les lycéens franciliens découvrent les cauchemars d’une existence vécue sous le joug de la vengeance et de la haine. Qu’ont-ils ressenti et retenu à l’issue de ces entrevues virtuelles ?

    Bouleversée par sa découverte, Inès, 16 ans, allure discrète, silhouette élancée et jeans troués aux genoux, avance : « C’est bien plus qu’un film. C’est une histoire vraie, racontée différemment par chacun des camps. Ça fait vraiment bizarre de voir ces hommes en face de soi ! En sortant, on est un peu perdu : on a l’impression de ne plus être dans la réalité, et que la réalité, c’était là-bas dans la salle en 3D ! » Bardée d’un sourire charmeur un rien hâbleur, la ronde binette d’Igor, 17 ans, s’anime pour sa part avec force assurance et vivacité : « On est dans une simulation de musée, avec des témoignages. Sauf qu’au lieu d’avoir des vidéos comme dans un vrai musée, là, on parle carrément à la personne ! Au début, on nous initie à l’histoire, et ensuite, on nous met en présence d’un témoin qui a vécu cette histoire et nous la raconte. »
    “En temps normal, ces soldats ne sont pas des personnes méchantes !”, Inès, lycéenne.
    Très attentif, Karim Ben Khelifa ne perd pas une miette des réactions enjouées des lycéens, mais les exhorte vite à ne rien dévoiler du contenu du projet à ceux qui s’apprêtent à tester The Enemy. Prolixe, le trio de jeunes spectateurs, qui appartient à une génération très perméable aux théories du complot, ne semble pas avoir douté une seconde de la véracité des témoignages. Inès ne cache pas son trouble. « J’ai été très marquée par celui qui explique avoir commencé très tôt à tuer et à faire la guerre. Celui qui porte un bonnet et des bottes – Jean de Dieu, le milicien des Forces démocratiques de libération du Rwanda, ndlr. Et qui raconte que toute sa famille a été tuée quand il était enfant et qu’il a tout vu, la cervelle qui gicle et tout ! Il était si jeune quand il a commencé que pour nous, c’est très dur à imaginer », s’émeut la jeune fille.
    « Ils nous font tous pitié, parce que dans leur jeunesse, au tout début de leur vie, ils étaient gentils, à la base. Je me souviens de celui qui raconte qu’il se faisait frapper par son père quand il était enfant, et qu’il n’a jamais était heureux petit – l’un des deux chefs de gangs du Salvador, ndlr. C’est pareil que pour le jeune du Rwanda qui explique qu’on se tuait à coups de râteaux ou de pioches, dans son pays, et qu’il a vu mourir ses parents… », renchérit Igor, volubile et péremptoire. Océane se dit quant à elle convaincue que ces six combattants « n’ont pas choisi de faire la guerre ! ». Inès acquiesce : « C’est exactement ça : en temps normal, ce ne sont pas des personnes méchantes ! »

    Une installation destinée à migrer outre-Manche et outre-Atlantique
    Satisfait, quoique peu surpris par la sagacité des jeunes Franciliens, Karim Ben Khelifa confie avoir été sidéré, quelques mois plus tôt, par la réflexion d’une collégienne américaine de douze ans. Issue d’un milieu favorisé, et élève d’une classe pilote d’un établissement expérimental de Boston – l’Acera School –, la gamine qui a découvert The Enemy en pleine campagne électorale, juste avant l’élection de Donald Trump, lui avait déclaré : « Au fond, c’est comme en politique, il y a un côté qui affirme que si vous votez pour l’autre, vous êtes fou, et l’autre côté qui prétend que si vous votez pour celui d’en face, vous êtes fou aussi ! » Encore ému à l’évocation de cette anecdote, Karim Ben Khelifa conclut : « Cette petite avait parfaitement compris la mécanique du conflit, elle avait pressenti que, dans tout affrontement, l’un n’existe pas sans l’autre, et qu’aucun des belligérants ne peut s’arrêter sans risquer d’être éliminé par l’adversaire. C’est le message que je veux faire passer avec The Enemy. »
    Persuadé que son projet trouverait sa véritable utilité s’il parvenait à toucher les jeunes générations des pays en guerre, le photographe belgo-tunisien nourrit le rêve fou de présenter son film à des adolescents rwandais, congolais, de Gaza et d’Israël…

    Faute de pouvoir se hasarder sur ces terres hostiles, l’installation de 300 m2 est visible pour l’instant à l’Institut du monde arabe, jusqu’au 4 juin. L’exposition devrait ensuite migrer outre-Manche, à Cambridge, mais aussi outre-Atlantique, au MIT, l’institut de technologie du Massachussets. Avant de gagner les salles de la Bibliothèque nationale du Québec. Nous ne saurions donc trop vous conseiller de vous presser à l’Institut du monde arabe, pour mettre vos pas dans ceux d’Inès, Igor et Océane. On a rarement l’occasion d’approcher de près et avec humanité les ravages de la guerre.

  • 20 MINUTES | Une bouleversante exposition en VR investit l’IMA

    20 MINUTES | Une bouleversante exposition en VR investit l’IMA

    L’exposition « The Enemy » de Karim Ben Khelifa, qui se tient à l’Institut du monde arabe, à Paris, du 18 mai au 4 juin 2018, fait dialoguer des ennemis recréés en réalité virtuelle…

    Gilad et Abu Khaled, Jean de Dieu et Patient, Amilcar Vladimir et Jorge Alberto… Au quotidien, ils s’affrontent, mais, dans The Enemy, ils se tiennent face à face pour nous parler. Grâce à cette exposition, qui se tient en première mondiale du 18 mai au 4 juin à l’Institut du monde arabe (IMA) à Paris, Karim Ben Khelifa, le créateur de l’exposition, confronte ceux qui portent en eux la violence, à travers leur histoire et leurs envies. A la frontière entre ces personnages, recréés en réalité virtuelle, le spectateur.

    Bienvenue dans un monde parallèle
    Difficile d’imaginer à quoi va ressembler l’exposition en arrivant à l’IMA : on se retrouve au sous-sol, dans une salle aux allures de hangar peu engageant. Sur un banc, cinq places côte à côte attendent cinq visiteurs qui se lancent ensemble dans l’aventure. Casque de réalité virtuelle sur les yeux, sac à dos technique enfilé, on se retrouve transporté dans un monde parallèle. « Le parcours est simple, on sait quoi faire, précise Karim Ben Khelifa. On a limité les divertissements pour maintenir la concentration à son niveau maximum. » Et ça marche.

    Murs blancs, parquet massif, écran explicatif. On entre ensuite dans une salle de musée épurée, éclairée par des puits de lumière. Sur les murs latéraux, des photos de conflits, rapidement remplacées par des photos d’hommes. Puis l’attente. On fait le tour de la salle, dans l’espoir que quelque chose se passe, et c’est le but : « Devant un documentaire à la télé, on est passif, on se construit des histoires avec une part de fantasme, estime le reporter de guerre. Dans cette exposition, on fait partie de l’histoire : il ne se passe rien si on ne fait rien. »

    Des rencontres perturbantes
    Les deux ennemis finissent par débarquer, côte à côte, avant d’aller se placer chacun sous son portrait. Après quelques minutes, on oublie l’aspect jeu vidéo et on a l’impression de parler à quelqu’un de réel, devant lequel on va se placer pour qu’il commence à parler. La voix de Karim Ben Khelifa pose alors une série de questions identiques, d’une voix très neutre, à chacun des ennemis. « Ma voix est une simple voix de guidance qui permet de différencier les interlocuteurs », assure-t-il.

    Côté technique, c’est époustouflant. Contrairement à nos expériences de réalité virtuelle précédentes, pas de nausée à l’horizon. Les pièces sont très réalistes, les interviewés encore plus. Quand on se déplace, leur regard nous suit, dans le casque quand on se déplace, le son s’adapte. On a même sursauté honteusement après le regard intimidant d’un Salvadorien dont on examinait les tatouages de trop près.

    Une vraie claque
    Surtout, l’expérience est une vraie claque. « Ce système permet de créer une vraie rencontre entre le spectateur et les combattants, de dépasser la violence du débat public, souligne Karim Ben Khelifa. La mise en parallèle de discours aux nombreuses similarités sans aucun biais est aussi une belle réponse journalistique au populisme. » Car le projet est une réussite aussi parce qu’il nous pousse à aller à la rencontre de l’autre, celui qui nous fait peur, et se termine par une touche positive.
    Difficile de sortir de l’exposition sans être un peu perturbé. Et l’émotion éprouvée par la quasi-totalité des spectateurs rend justice au travail des équipes journalistiques qui ont tourné dans des conditions difficiles, notamment au Salvador « où il ne fallait absolument pas que les différents gangs se croisent sous peine d’assister à un bain de sang », au travail technique pour la réalité virtuelle, et au travail des scientifiques du MIT pour décrypter nos émotions et y adapter le récit. Seul bémol, le besoin de tendre l’oreille pour entendre les traductions.

  • Télérama | The Enemy : un voyage virtuel au bout de l’enfer

    Télérama | The Enemy : un voyage virtuel au bout de l’enfer

    L’installation The Enemy propose au public six rencontres à 360 ° et en 3D avec les combattants des conflits les plus irréductibles de la planète. Un documentaire immersif à vivre à l’Institut du monde arabe, à partir du 18 mai. Saisissant.

    Nous avons testé en avant-première l’exposition The Enemy qui permet de s’immerger virtuellement dans le quotidien et les pensées de combattants. Chefs de gangs du Salvador, guerriers de la République démocratique du Congo, soldats du conflit israélo-palestinien : tous nous interpellent dans un face-à-face troublant. Cette exploration saisissante des mécanismes de guerre et des processus d’embrigadement offre de sonder en 3D les motivations de ceux qui se haïssent et se pourchassent depuis des générations. Grâce aux avancées de l’intelligence artificielle et aux prouesses de la réalité virtuelle, l’effet de proximité est tel avec cette nouvelle forme de documentaire que la déambulation au milieu des combattants, se révèle riche d’enseignements. Dans les sous-sols de l’Institut du monde arabe, harnachés de casques et lestés d’un barda empli de capteurs, nous avons embarqués pour un périple d’une heure. Voici le carnet de route d’une épopée visuelle et auditive des plus surprenantes.

    • Visiteurs harnachés

    Exposées sans fioritures, les consignes ont dompté d’emblée les plus téméraires des participants : « Ne faites pas de grands gestes amples avec les bras, car les capteurs ne vous repèreraient plus… Si vous vous sentez mal, si vous voyez flou ou si la tête vous tourne, appelez-nous ! ». Alignés en rang d’oignons sur un banc, devant un grand espace vide, les cinq postulants, tous cobayes volontaires et valeureux confrères journalistes, n’en mènent pas large… Bien décidés à tester en avant-première mondiale l’installation The Enemy, un projet inédit de documentaire immersif en réalité virtuelle, les aspirants reporters vérifient sagement l’ajustement des sangles qui assujettissent le casque sur leur nez et leur front. Egalement affublés d’un sac à dos bardé d’électronique (ordinateur, batterie, capteurs), tous tentent de faire bonne figure en fixant consciencieusement le générique qui défile devant les yeux, en lettres blanches sur fond noir.

    Dès que les premiers brouhahas retentissent dans les oreillettes du casque, sollicité par la voix off, on se lève et on se dirige vers une première salle virtuelle. Guidé par les indications sonores, on déambule dans un espace à la blancheur immaculée, où l’on peut pivoter à 360 ° dans une sorte de musée futuriste recréé en relief. L’œil attiré par de grands panoramas photographiques en noir et blanc, on s’avance. Des bruits de combats nous parviennent, on distingue des rumeurs d’agitation urbaine, des cris qui s’entrechoquent… On s’approche d’une impressionnante photo noir et blanc où l’on croit deviner un théâtre de conflit au Proche-Orient : Jérusalem ? Gaza ? La Cisjordanie ? Tout à coup, un inquiétant portrait a surgi dans un coin et nous fait face sur le mur : de ce grand cliché noir et blanc, un regard sombre et magnétique se détache, en plein cœur d’un visage masqué. Près de la photo, on lit le nom d’Abu Khaled. Par le truchement de la voix off, celle du photographe de guerre belgo-tunisien Karim Ben Khelifa, auteur du documentaire et collaborateur régulier du Monde, de Time Magazine ou de Newsweek, on cueille les premières données biographiques : Abu Khaled est membre du FPLP, le Front populaire de libération de la Palestine. Père de famille, habitant de Gaza, il a accepté d’être interrogé devant les six caméras du photoreporter à condition de pouvoir rester cagoulé et dissimulé sous son uniforme du FPLP. Alors que les présentations sont faites avec ce premier combattant, on se rend compte qu’un second portrait orne maintenant le mur opposé. Alerté par le bruit, on s’est retourné d’instinct pour observer le vis-à-vis d’Abu Khaled : le visage dénudé de Gilad Peled. Réserviste de Tsahal, l’armée d’Israël, le militaire qui a deux enfants vit dans un village, non loin de Tel Aviv.

    • Vies de guerriers

    Mais à peine la voix off s’est-elle tue que l’on sursaute sous l’effet du retentissement de bruits de pas vifs… Une porte claque, et l’on tressaille en voyant s’avancer Gilad Peled et Abu Khaled en… chair et en os ! Trompé par le son spatialisé et par la qualité d’image, on s’écarte fissa, de peur d’être bousculé ! On scrute alors avec précaution les deux êtres pixélisés qui ont fait irruption. L’illusion est parfaite, saisissante… Interloqué, on se rassure en repérant des saccades dans les gestes des silhouettes en 3D… qui ne sont donc pas tout à fait réelles ! Ouf ! En catimini, on zieute à gauche, à droite, pour tenter d’apercevoir les autres participants (les silhouettes stylisées des visiteurs voisins apparaissent dans le casque sous formes d’ombres), en guise de réconfort ! Puis, l’effet de surprise s’estompe et l’on tend l’oreille : Karim Ben Khelifa a enregistré une série de questions-réponses avec chaque protagoniste du conflit. L’un après l’autre, Gilad, l’Israélien, et Abu Khaled, le Palestinien, détaillent leur vision de la paix, exposent leurs définitions de l’ennemi, de la violence… Subjugué par l’expressivité de leurs traits, on suit le récit de deux vies de guerriers. Au fil de leurs discours, in fine assez similaires, on devine la lassitude de devoir répéter ad nauseam combien leur combat est juste et fondé. Les deux soldats se rejoignent dans leur incertitude de ne pouvoir assurer à leurs enfants un avenir de concorde et d’harmonie.

    “Jean de Dieu se souvient d’avoir assassiné neuf personnes à coups de pioche, à l’âge de 14 ans.”

    À l’issue de ce premier face-à-face, alors que les deux silhouettes en 3D se sont évaporées, une nouvelle injonction résonne dans le casque et nous oriente vers la salle suivante. On se dirige avec méfiance pour pénétrer dans un nouveau sas qui mène à un espace, tout aussi blanc que le premier. Affichés sur des pans de murs opposés, deux grands portraits noir et blanc dardent leurs pupilles dans les nôtres. Deux jeunes hommes à la peau noire, l’un coiffé d’un bonnet, l’autre d’un béret, se font face. Nous avançons vers la photo du porteur de l’uniforme et du béret : Patient Kaboyi a 30 ans, il est sergent de l’armée gouvernementale de la République démocratique du Congo. Face à lui, le regard sombre et désespéré de Jean de Dieu, 32 ans, nous transperce et nous glace. A peine apprend-on que ce rond visage juvénile est celui d’un adjudant des FDLR, les Forces démocratiques de libération du Rwanda, que des claquements de talons vibrent. Tressautant, on se retrouve une nouvelle fois en présence de deux soldats qui s’épanchent… On apprend que Jean de Dieu a vu périr sous ses yeux son père et sa mère, massacrés à la pioche et au gourdin, dans un camp de réfugiés du Nord-Kivu, en territoire congolais… L’ex-enfant-soldat voue depuis une haine tenace à l’égard des Tutsis et de leurs alliés : milices Maï-Maï ou Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), auxquelles Patient appartient. Très diserts l’un et l’autre sur l’inhumanité et la violence sanguinaire de leur ennemis, ces trentenaires belliqueux peinent à trouver les mots pour définir la paix ou le bonheur. Patient, le soldat de l’armée régulière, se fend quand même de cette confidence : « J’ai éprouvé de la joie le jour où ma femme a eu un enfant. Mais à part ce moment-là, je ne connais pas d’autres moments heureux. Il n’y a que des tirs d’obus! ». Lorsqu’ils quittent notre champ de vision, la voix fluette et monocorde de Jean de Dieu retentit longtemps dans notre esprit. Et son souvenir d’avoir assassiné à coups de pioche neuf personnes, alors qu’il n’avait que quatorze ans, se répercute encore en boucle dans nos oreilles, au moment où l’on pénètre dans la troisième salle.

    “S’il élude la question du nombre de ses victimes, Amilcar est intarissable sur ses cauchemars et sur l’espoir de voir ses enfants évoluer vers un avenir meilleur.”

    Tout aussi déstabilisante, la dernière rencontre nous met en présence de deux chefs de clans mafieux. Amilcar Vladimir et Jorge Alberto font partie de deux gangs Maras opposés du Salvador, le Barrio 18 et le MS 13, les deux principales bandes de rues (maras) qui ravagent aujourd’hui l’Amérique centrale. Physique rondouillard et regard franc, Amilcar, 36 ans, membre du Barrio 18, impressionne par sa bonhommie. S’il élude la question du nombre de victimes qu’il a pu occire, ce chef de guerre flegmatique est intarissable sur ses cauchemars (« Tu te sens poursuivi parce que tu as fait quelque chose durant la journée ») et sur l’espoir de voir un jour sa fille et son fils évoluer vers un avenir meilleur. Doyen de tous les combattants présentés dans The Enemy , Jorge, 43 ans, a déboulé tel un taureau fou dans l’arène. Petit, râblé, ventripotent, il se présente torse nu, tout comme son ennemi Amilcar, désireux, tous les deux, de bien exhiber leurs tatouages. Mais contrairement à son rival, Jorge Alberto arbore une peau brûlée, abîmée, presqu’intégralement couverte de cicatrices et de dessins du front à l’abdomen.

    • Une collaboration inédite entre journalisme, art et science

    Véritable pedigree, ce parchemin singulier résume le parcours de l’ancien taulard qui égrène un à un les motifs tatoués sur son corps : le visage de sa fille, la mère de son enfant, la tour de sa prison… Et, fièrement appliqué sur son front et ses doigts : le sigle de son gang sanguinaire, le MS 13. Pour mieux observer, on se penche, on avance. Pour un peu, si l’on osait, on allongerait le bras pour essayer de toucher l’énergumène qui s’exprime sans jamais nous quitter des yeux. Mais l’on se ravise en se remémorant soudain le volet scientifique de The Enemy. Le photoreporter Karim Ben Khelifa, concepteur de cet incroyable documentaire immersif, a travaillé avec des spécialistes des neurosciences comme le professeur américain Fox Harrell. Cette collaboration inédite, à la jonction entre journalisme, art et science, donne tout son sens à l’épilogue du film.

    Traqué, pisté par les ordinateurs et les capteurs sensoriels, durant ses rencontres virtuelles, le visiteur a montré çà et là, des signes d’étonnement, de méfiance, de répulsion ou d’empathie. Enregistrées et disséquées, ses réactions, sa qualité d’écoute et ses postures face à chaque combattant vont permettre de débusquer, via la magie des algorithmes et les techniques de décryptage du comportement cognitif, le guerrier qui lui a inspiré le plus d’aversion. Avec une rouerie certaine et une fine connaissance l’âme humaine, l’auteur de The Enemy choisit de nous confronter, par le biais d’un miroir, à l’image de celui que nous pourrions être, si nous étions nés ailleurs, sous des latitudes moins clémentes. En nous renvoyant le reflet de l’ennemi de notre ennemi, l’ordinateur nous a assimilé à l’adversaire de celui qui nous a le plus déstabilisé… Une façon de nous dire, de manière bien réelle, grâce à la réalité virtuelle, que la guerre a mille visages et que l’un d’entre eux nous est proche.

  • Sciences et avenir | The Enemy, installation en réalité virtuelle à l’IMA

    Sciences et avenir | The Enemy, installation en réalité virtuelle à l’IMA

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    Changer la représentation de la guerre en mêlant réalité virtuelle et photojournalisme, c’est le défi que s’est donné Karim Ben Khelifa à travers The Enemy. Une exposition hors-norme, qui se tient du 18 mai au 4 juin 2017 à l’Institut du Monde Arabe.

    SUBJECTIVITÉ. En guerre, contre qui combat-on ? L’autre, l’ennemi… qui reste le plus souvent un inconnu. Est-il si différent de soi, d’un conflit à l’autre dans le monde ? Karim Ben Khelifa, correspondant de guerre, a voulu confronter ces subjectivités, en croisant nouvelles technologies et outils traditionnels du photojournaliste. Il en a tiré The Enemy, OVNI à mi-chemin entre l’exposition et le récit photojournalistique. Accessible du 18 mai au 4 juin 2017 à l’Institut du Monde Arabe, l’expérience de réalité virtuelle peut accueillir jusqu’à 20 visiteurs simultanés par demi-heure. Le tout dans un espace de 150 m² où l’on se déplace librement grâce aux détecteurs de mouvements qui balisent la salle : une première technologique mondiale !

    Un voyage immersif, chaque combattant face à son ennemi

    C’est à la rencontre de 6 combattants représentant trois conflits intergénérationnels emblématiques que The Enemy nous invite : le conflit Israélo-Palestinien, le conflit en République démocratique du Congo, et les guerres de gangs au Salvador. Les interviews et prises d’images destinées au projet ont nécessité environ 4 ans de travail, « à raison d’un voyage par an », confie Karim Ben Khelifa. L’enjeu : représenter les soldats interviewés à l’écran, où ils acquièrent une dimension plus vraie que nature (ils sont même programmés pour vous regarder dans les yeux). Les autres visiteurs physiques, a contrario, sont représentés sous forme de silhouettes transparentes.

    Pour son équipement matériel, The Enemy s’appuie sur des casques Occulus Rift doublés de sac à dos VR One. Un système de motion-capture (des caméras positionnés dans la salle) complètent le tout. « Le coût de ces équipements est d’environ 2.500 euros pour un casque et une unité centrale mobile, estime Fabien Barati, co-fondateur d’Emissive, qui a assuré la création numérique des contenus virtuels de l’installation. Pour les 20 kits, l’investissement total est donc d’environ 50.000 euros.

    La crédibilité de l’expérience doit pour beaucoup à la force des témoignages audio des soldats. Mais le sens visuel n’est pas en reste : chacun des interlocuteurs a été reconstitué en 3D. « Filmer en 3D, c’est possible, mais pas en zone de guerre, poursuit Fabien Barati. Nous avons donc monté un studio photo mobile, afin de saisir 200 à 300 photographies par interlocuteur. De quoi reconstruire ensuite, dans les studios d’Emissive, les formes et les textures, grâce à la technique de la photogrammétrie. Des enregistrements vidéo sous 4 angles ont aussi permis de reproduire correctement leurs attitudes physiques. »

    Des algorithmes pour personnaliser l’expérience

    Tout commence par un questionnaire qui interroge chaque visiteur sur sa perception et son implication individuelle dans chacun des conflits. C’est là que débute la personnalisation, l’ordre d’apparition des protagonistes étant fonction des réponses apportées. Et ce n’est pas tout : son parcours, sa proximité vis-à-vis de chaque personnage ou encore les moments où il détournera le regard seront soigneusement enregistrés afin d’ajuster la narration (et notamment son étape finale) en fonction du niveau d’engagement perçu. Les algorithmes implémentés sont basés sur les travaux du professeur D. Fox Harrell, fondateur du ICE Lab au MIT et spécialiste de l’analyse du comportement cognitif.

    Verdict ? L’immersion fonctionne. « J’ai eu l’occasion de faire tester le dispositif aux 2 belligérants interrogés pour le conflit israélo-palestinien, évoque Karim Ben Khelifa. Après une première réaction de déni, ils m’ont dit, quelques mois plus tard, que oui, dans d’autres circonstances, ils auraient pu être à la place de l’autre. » Mais pour que la personnalisation finale soit pertinente, reste à s’assurer de bien supporter la réalité virtuelle : dans le cas contraire, si un bug d’affichage, une migraine voire une douleur ophtalmique subite vous contraint de détourner temporairement le regard, le programme risque alors de comprendre à tort… que vous vous méfiez de la personne présentée.

  • FRANCE INTER | Réalité virtuelle : The Enemy, l’innovation documentaire du reportage de guerre

    FRANCE INTER | Réalité virtuelle : The Enemy, l’innovation documentaire du reportage de guerre

    L’Institut du Monde Arabe accueille les témoignages de guerre présentés en réalité virtuelle.

    A quoi servent les images sur la guerre et comment informer aujourd’hui ? Comment raconter la guerre ? Karim Ben Khelifa, reporter photo se pose ces questions tout le temps. Il y a répondu par des publications dans les médias, des expos photos. Il cherchait à aller plus loin, et toucher le public au plus intime. Non par voyeurisme ou goût du sensationnel. Il voudrait juste qu’on se souvienne de la paroles des combattants, ceux qui tuent et sont tués.

    Avec France Télévisions Nouvelles Ecritures et Camera Lucida, Emissive, le MIT et l’ONF au Canada, il a donc conçu un dispositif en réalité virtuelle, avec casque et en déambulation. La guerre par ceux qui la font vraiment, plutôt que par ceux qui la pensent ou l’observent.

    Ici Karim Ben Khelifa fait le choix d’une relation directe, personnelle, quasi intime entre le visiteur et les témoins de son reportage. Le public est donc amener à s’informer différemment.

    L’expérience
    L’expérience est troublante. On est au contact de soldats, miliciens et autres hommes armés au quatre coins de la planète.

    Pour autant vous n’entendrez pas les balles siffler à vos oreilles. Les hommes se matérialisent face à vous, debout, reconstitués en 3D, et ils s’expriment très posément.

    Le visiteur de ce dispositif qui s’étend sur 300 mètres carré, déambule et change de pièce pour chaque conflit évoqué : Israël-Palestine, Congo, Salvador.

    Les soldats s’adressent à lui directement, le suivent du regard, il ne peut échapper à leur discours qu’en s’éloignant. Chaque visiteur vit une expérience différente, et en fonction de ses réactions durant le parcours, la conclusion varie. C’est un face à face, entre les combattants, et un face à face entre vous et eux. Ça dure 50 minutes, et les gens restent captifs… comme au cinéma.

    Un journalisme engagé pour la paix ?
    The Enemy propose une représentation de la guerre qui montre l’humain derrière le tueur, l’enfant derrière le milicien.

    Karim Ben Khelifa défend ici l’idée d’un journalisme qui touchera son public plus sûrement que des images trash diffusées à la télé ou sur le net. Il cherche la paix plus que les raisons de la guerre.

    Son dispositif interroge la pratique journalistique que les producteurs qualifient d’ « oeuvre d’innovation documentaire et humaniste ». On verra au fil du temps si d’autres producteurs se lancent dans ce type de diffusion, et si le public adopte cette forme d’information.

    Après l’Institut du Monde Arabe The Enemy sera montré au Canada mais aussi en Israël. Karim Ben Khelifa espère le montrer au Congo, ou au Salvador, les pays dont sont originaires ces témoins.

  • The guardian | How history gained new dimensions

    The guardian | How history gained new dimensions

    Pinchas Gutter survived a Nazi death camp – and now his story will live on through a hologram that can answer your questions.

    Pinchas Gutter goes out of his way to find me biscuits. In a sun-baked living room in his north London home, he opens a packet of Rich Tea, sits down and tells me about the Holocaust.

    Gutter was seven years old when the second world war broke out. He lived in the Warsaw ghetto for three and a half years, took part in its uprising, survived six Nazi concentration camps – including the Majdanek extermination camp – and lived through a death march across Germany to Theresienstadt in occupied Czechoslovakia.

    “Remembrance is the secret of redemption, while forgetting leads to exile,” he says, quoting the Baal Shem Tov, the founder of Hasidic Judaism.

    “For me this whole thing is about not forgetting. Because if you forget, you repeat it over and over again. To me, the great importance of testimony is not to forget what people are capable of.” Sitting opposite him here in Hampstead, meeting his eyes and hearing his voice, the idea of forgetting this extraordinary story seems impossible.

    One week later I am staring into Gutter’s eyes again. But these eyes are on a screen in the Alternate Realities strand of Sheffield’s international documentary festival. The version of Gutter projected on the monitor is a prototype for a responsive hologram that will be wheeled into classrooms, lecture halls and museums. The idea is that the audience asks questions and pre-recorded memories from Gutter will respond – much as if you’re talking to the real person. This virtual Gutter meets my gaze and tilts his head when I speak into the microphone.

    The project, called New Dimensions in Testimony, was thought up by concept developer Heather Maio, and was made in a collaboration between the University of Southern California’s Institute for Creative Technologies (ICT) and the Shoah Foundation – an organisation dedicated to making and archiving interviews with survivors and witnesses of genocide.

    The prototype involved filming extensive interviews with Gutter using an array of cameras and a specialised light stage. The team at ICT then used natural language processing software to help create an interactive version of the video footage, with vocal cues triggering responses from the pool of recorded speech.

    Complex algorithms dictate which responses are played back – faintly reminiscent of virtual assistants such as Apple’s Siri and Microsoft’s Cortana, except that while those pieces of software are primed to answer your questions about emails or the weather, New Dimensions in Testimony is based on communicating one man’s experience of genocide.

    We don’t consider it an AI. I think of it more like a smart search engine which gives you a conversation-like experience

    By Stephen Smith, executive director of Shoah Foundation

    “We wanted the visitor to experience the discussion and what that means to them,” Maio tells me. “Not the technology that goes around it and makes it work. In fact, we didn’t want them to think there was technology around them at all.”

    Maio says 12 Holocaust survivors have so far been interviewed in this manner, adding that there are plans to advance the intelligence of the computer learning – giving the program the ability to track what the recording has said and tailor the order of its responses to fit. Directing the content in this way enhances the sense of talking to a real person, but it also raises questions about authenticity.

    When algorithms are choosing the answers and the order in which they are spoken, are the responses those of Gutter or of an AI?

    “In a way it’s both,” says David Traum, director for natural language research at the ICT. “We have to distinguish two concepts of response. Everything that is said comes directly from Pinchas. However, the decision of which recording to present as a response to a specific question is made by the technology, based on its training data of how Pinchas and other people have answered questions. In the best cases, the answers are exactly how Pinchas himself would have responded. In some cases, it may seem that he is addressing a somewhat different question, but the response itself is still his.”

    Instead of AI, Stephen Smith, executive director of the Shoah Foundation, says we should consider New Dimensions in Testimony as a voice-activated search engine. He emphasises that no new content has been added beyond that in the 25 hours of video footage with Gutter.

    “As time goes by and many more users use the content, machine learning will enhance its intelligence – it will understand a wider range of questions as each interaction helps train the system,” he says. “We still don’t consider it an AI, though, because AI assumes the machine is thinking independently. I think of it more like a smart search engine which gives you a conversation-like experience.”

    That conversation-like experience is the crux of New Dimensions in Testimony. The project is winning many plaudits including the interactive award and the audience award at the Sheffield documentary festival this week. Smith says audience members have applauded the virtual Gutter, thanked him, argued with him.

    “One woman apologised to him for the negligence of the world, telling him she would have willingly traded places with him had she been alive then.”

    My personal experience with the project hinged on eye contact. Having Gutter staring at me as he answered my question on the Warsaw uprising, or about whether he still believed in God, was affecting on an instinctive level. Though I was aware that this was an assortment of clips directed by speech recognition software, it was hard not to feel the impression of an interaction in real time. One comparable forthcoming project in this sense is Anne, a VR film of Anne Frank, which will place viewers in a version of the annex where she spent two years hiding from the Nazis.

    While New Dimensions in Testimony aims to represent a person’s individual testimony, Anne aims to represent a particular environment.

    Both want to keep the memory of the Holocaust alive through interaction, imparting a sense of tangibility on to events rapidly passing from eyewitness testimony. While there are pressing ethical questions – not least the danger of representing real situations as a form of immersive entertainment – previous projects have shown serious scope for documentary use of VR.

    Nonny de la Peña’s Project Syria recreates a rocket attack in the Aleppo district of Syria to shocking effect; the National Theatre-produced Home: Aamir is a 360° video account of life in the Calais Jungle camp; Jane Gauntlett’s Dancing with Myself subtly and effectively communicates the experience of living with epilepsy; and the Guardian’s own 6×9 combines VR with more traditional testimony about the effects of solitary confinement.

    These projects succeed largely due to their focus on upsetting the viewer’s sense of comfort. Instead of easing you into a cosy virtual playground, these experiences jolt another world into your own. Elsewhere in the Sheffield festival is an example taken to its extreme. The Enemy, an augmented reality piece directed by war photographer Karim Ben Khelifa, involves holding an iPad and seeing Palestinian and Israeli fighters projected on to the surrounding floor. The avatars follow your gaze as you walk around, and speak to you as you approach. The audio responses are all taken from actual interviews, and the 3D figures are modelled on the interviewees.

    Once again, the power of the experience comes from the sense of physicality. Like interacting with New Dimensions in Testimony, eye contact and body language communicate something unlike film documentary. And yet, as with the virtual Gutter, there’s also the question about representation. When you make a version of a person that can watch, listen and respond, do you ultimately do more than show a recording of them in a particular moment of history? Do you have a responsibility to show them as a whole person?

    “VR invites us to break taboos around how close we get to people, how directly we observe them,” says Mark Atkin, curator of the Alternate Realities programme at the festival. “It has no code of conduct – that might have to come. And it has no rating system – that will come. For now, the honour system seems to be working well but once the technology to create this sits on all of our phones and anyone can manipulate a 3D scan of a human and put it in any environment, a new form of abuse could well emerge. We need to imagine these futures now, in order to be able to deal with them if and when they do happen. »

    Whether it is Pinchas Gutter listening or a computer, the most important thing for the man who survived the Holocaust is that the outcome stands as evidence that these events happened. Photograph: USC Shoah Foundation

    The team behind New Dimensions in Testimony has been rigorous in its conduct about recording and representing its subject. The responses given are all clear in context, and having spoken to both the real Gutter and the recording, I didn’t feel that he was misrepresented. But when Gutter and his generation are gone, that point of comparison will be harder to define. The Shoah Foundation Institute is aware of its responsibility to portray Gutter truthfully, but when I speak to Maio she accepts that other organisations might not be as meticulous. In Hampstead I ask Pinchas Gutter how it felt to see the virtual version of himself.

    “I saw myself sitting there, moving my hands and legs, being a presence and speaking to people,” he tells me. “Not just speaking but answering. In other words, I’m listening. I’m not just speaking, I’m listening.”

    Whether it is Gutter listening or a computer, the most important thing for the man who survived the Holocaust is that the outcome stands as evidence that these events happened, and they happened to a real human. Gutter tells me he didn’t talk about the Holocaust at all in the years following the war, but when he did finally speak, he found it cathartic. When he is no longer alive to speak to audiences, he wants that two-way process to carry on.

    “It helped me alleviate some of the pain and the difficulty of relating to people,” he says. “I tell them when they speak to me: now you have a piece of me and I have a piece of you. We’re joined together now, in both the good and the bad that can happen.”

    Can I give a piece of myself to a hologram? Can it give a piece back?

    Perhaps not. Perhaps there’s no way to replicate the power of talking to another body – a body that stands as physical testimony to the events it lived through. Projects such as New Dimensions in Testimony are trying though, and Gutter tells me it’s the closest thing we have.

    “To me, this is such a vitally important project. It’s beyond value. There’s almost something holy about it.”

    • New Dimensions of Testimony won both the Alternate Realities interactive award and audience award at the 2016 Sheffield Doc Fest

    • This article was amended on 21 June 2016 to clarify the quotes of David Traum and Heather Maio.

  • Challenges | The Enemy, la révolution virtuelle du documentaire

    Challenges | The Enemy, la révolution virtuelle du documentaire

    Emissive, société de production de contenus immersifs, présentait à la presse des premiers extraits de The Enemy, un des premiers documentaires à gros budget pour casques de réalité virtuelle. Une piste future qu’explorent les chaînes de télévision.

    France Télévisions est en train de coproduire The Enemy, un ambitieux documentaire journalistique en réalité virtuelle. Un prototype était dévoilé à la presse par la société de production Emissive.

    Une expérience journalistique, un récit de guerre susceptible de vous prendre aux tripes. Car la réalité virtuelle permet d’innover dans la narration: le spectateur peut pénétrer directement dans l’événement. Muni d’un casque de réalité virtuelle équipé de capteurs, un joystick de jeu vidéo en main, on évolue dans une pièce, et on écoute les protagonistes d’une guerre. Les scénarios du documentaire portent sur plusieurs conflits au long cours: la guerre Israël-Palestine, le Congo, et un troisième scénario sera consacré au conflit du Salvador ou de la Corée.

    A l’origine du projet, le photojournaliste Karim Ben Khelifa, membre invité depuis 2013 du prestigieux Massachussets Institute of Technology. Pour ce documentaire, il a tourné ses interviews sur place, « puis nous avons remodélisé les personnages, pour les intégrer avec leurs témoignages en voix off dans la vidéo », résume Fabien Barratti, cofondateur de Emissive.

    Les personnages nous parlent de qui est leur ennemi, pourquoi ils font la guerre et comment ils voient leur avenir. « On est entre deux témoins, deux combattants, on écoute leurs histoires, leurs arguments, à son rythme. L’idée était de créer une rencontre humaine avec des gens que l’on n’a pas l’habitude d’entendre », explique Antonin Lhot, chef de projet web du département Nouvelles écritures France Télévisions.

    Un budget de 1,6 million d’euros

    « Le projet est un prototype, un test de ce qu’on peut raconter comme histoire à l’ère de la réalité virtuelle. L’installation a vocation à tourner dans les pays concernés, et dans les écoles et lieux publics », poursuit-il. Il faudra attendre fin 2016 pour pouvoir expérimenter le concept.

    Assurément, il préfigure de nouvelles formes d’écriture pour les documentaires, alors que les premiers casques de réalité virtuelle (tels le Oculus VR, le Playstation VR de Sony, le Vive de HTC associé à Valve), sont attendus pour le premier semestre 2016.

  • BBC | Tribeca Film Festival: Exploring conflict through film

    A strand of the Tribeca Film Festival looks at interactive storytelling, including a project bringing together an Israeli and a Palestinian.

    “He’s been to many warzones around the world and got really interested in this idea of empathy and enemies, and how do you humanise your enemy.” Ingrid Kopp, Director of Interactive at the Tribeca Film Institute, is describing one of the projects in her Storyscapes strand.

    The Enemy is an installation bringing together an Israeli and a Palestinian as two full-scale human figures. It was created by conflict photographer Karim Ben Khelifa. “I think he got really frustrated by the limits of the photo and the limits of the still image, in some ways, around exploring these ideas,” says Kopp. “So his solution was to use virtual reality as a way to get us to think differently about images and enemies.”

    Other projects in Storyscapes include an audio documentary played through headphones to blindfolded listeners and a web series called Do Not Track that incorporates information about each viewer into its episodes. Tom Brook reports on new forms of storytelling emerging at the festival.

  • How Virtual Reality Could Be the Future of Photojournalism

    How Virtual Reality Could Be the Future of Photojournalism

    Logo Time

    At first, if it weren’t for the contraption that makes you look half-alien, half-astronaut, The Enemy, a virtual reality experience on show at the Tribeca Film Festival, would be akin to most exhibitions.

    “Fundamentally, as journalists, we’ve always been trying to arouse empathy so that viewers will care for a situation happening miles from their home or to others,”

    By Karim Ben Khelifa, mastermind behind THE ENEMY

    As you don the awkward oculus rift goggles and the backpack with the umbilical cord that ties you to the operating system, photos taken in the Palestinian Territories appear on opposing sides. As you would when touring a gallery, you approach either wall, focusing your attention on the scene depicted on the first image before moving on to the next. After a few moments, portraits of two adversaries, Abu Khaled, a garrison leader for the Democratic Front for the Liberation of Palestine, and Gilad, an IDF soldier, replace the depictions of everyday struggles. The two men don’t stay inanimate for long. At once, they take shape right in front of you, as sophisticated holograms answering questions about violence and peace.

    The virtual conversation mirrors the interactions of an actual one. Come in too close to the simulated fighter, and they’ll draw back. Shift left or right and their gaze will follow you. Take a few step back and the volume of their voice weakens. After a few minutes, once the conversation is over, they fade away, leaving you alone in an empty room. At this point, removing the high-tech gear feels like waking up from an exceptionally vivid dream: you keep a distinct memory of the experience, yet are acutely aware that it was not real.

    “I wanted to know what would happen if we took the likeness of the combatants I’ve photographed off the wall and breathed life into them,” says Karim Ben Khelifa, the mastermind behind The Enemy, which received funding and support from the Tribeca Film Institute’s New Media Fund. “How would people react? How would the public engage with them? And what impact would it have on their understanding or on how much they care?”

    For the better part of the last decade, the Tunisian photographer has dedicated himself to taking portraits of foes, especially those captive to entrenched conflicts, born with the hatred of the other, such as the Israeli-Palestinian hostilities or the India-Kashmir rift. Ben Khelifa sees it as a way to make the viewer – and, hopefully, bitter rivals – see the human being behind the fighter.

    “Fundamentally, as journalists, we’ve always been trying to arouse empathy so that viewers will care for a situation happening miles from their home or to others,” he says. “When I began as a photographer, I wanted to work for the most renowned magazines in order to reach the largest audience and touch the most souls. With time, I grew increasingly frustrated with the lack of results.”

    It turned out that three images in a newspaper spread were not enough to bring on change. Nor were a dozen shared online. Nor even fifty or sixty bound in a book or displayed as a show. “The challenge is to devise mechanisms that will grab and hold people’s attention long enough for you to tell a complex story,” he says, two years after he had his first virtual reality experience when he joined the MIT’s Open Documentary Lab.

    Virtual reality, with its potential to offer a fully engrossing experience, might just be the way, he believes, though it’s not without obstacles. Producing such an elaborate project is exorbitantly costly and requires a wide set of skills. Over 45 people have worked on The Enemy – some of whom were dedicated to rendering exclusively and with utmost accuracy skin, hair or the slightest movement.

    “It is essential to make the presence of the combatant feel as genuine as possible,” says Ben Khelifa. “By reacting to the viewer’s behavior, the hologram is acknowledging his presence, which in turn, creates a cognitive reaction of reciprocity. The hologram appears more real.” So much so, that though participants could walk through the simulated fighter, none of them has done so. During a demonstration in Paris, one woman fled when the combatants appeared, unsure of whether they were going to come after her, and another turned away from Abu Khaled. She wanted to hear what he had to say, but staring the masked man in the eyes made her uneasy.

    Since starting the project two years ago and basing himself on the reactions of his users, Ben Khelifa has been tweaking and fine tuning the experience, keeping it as simple and intuitive as possible. “The difficulty is that I can’t fully control how everything unfolds,” he says. “Some of it is in the hand of the user who needs to feel some agency. There’s a fine balance that needs to be achieved between directing the viewer and giving him freedom. I could add an endless amount of sensorial experiences, but that could quickly become overwhelming.”

    The prototype for The Enemy is currently on view at the Tribeca Film Festival as part of the Storyscapes programming alongside other interactive experiences. Ben Khelifa hopes that within the next 20 months he will be able to add seven more duos of fighters that will interact with the viewers in different manners. He will also spend that time devising ways to make it more accessible, creating a traveling installation that could welcome more than one person at a time as well as an app version to be experienced at home.

    And, he has plans to record with more accuracy the reactions of participants, monitoring their heart rate, keeping track of how close or distant to each combatant they get and noting how attentive they are. “Analyzing people’s responses will give us insights that can help us become more effective storytellers,” he says.